
"C"est
le supplice de tantale! -Le rocher de Sisyphe! -C'est pire que le tonneau des
Danaïdes! -Il est tombé de Charybde en Scylla..." Sans nul doute, vous
avez déjà entendu ces expressions, sans trop savoir ce qu'elles signifiaient.
Disons le franchement, vous passiez pour un con dans les diners mondains et
autres repas de cantine entre collègues de travail. Heureusement, vous avez eu la
bonne idée de clickailler (oui, je sais, ca n'existe pas) sur mon site. Voilà
quelques explications qui j'espèrent vous parleront...

Le
supplice de Tantale
Dans la mythologie grecque,
Tantale est le roi de Lydie. Je suis incapable de vous dire où ça se trouve sur
une carte, mais on s'en fout, ça n'a aucune importance. Toujours est-il que ce
roitelet a une particularité : il est un (parmi tant d'autres) fils de Zeus, le
roi des dieux de l'Olympe. A cette époque, les dieux étaient beaucoup moins bourges
que maintenant, et ils acceptaient parfois de partager le repas de
"simples" mortels (enfin il fallait quand même qu'il sache recevoir,
surtout qu'à cette époque Picard n'existait pas).
Bref, Tantale a la cotte auprès de son père, et non seulement il reçoit les
dieux chez lui pour faire dînette, mais en plus il monte de temps à autre chez
eux partager le divin banquet (c'est-à-dire entre autre le nectar et
l'ambroisie, qui assurent l'immortalité aux dieux). La fortune souriait donc
plutôt pas mal à ce fils à papa et tout aurait été pour le mieux s'il n'avait
eu ce qu'on appelle un vilain défaut : l'ubriss. Comprenez, le péché d'orgueil,
qui est un des pires dans la mythologie grecque. Figurez-vous que cette
andouille, qui apparemment n'avait pas beaucoup de soucis, se mit en tête
d'éprouver l'omniscience des dieux. A force de les côtoyer, il avait fini par
se prendre pour l'un d'entre eux voyez-vous...
Un jour, il invite comme souvent les Olympiens à sa table. Ceux-ci, vu que
c'est le fils du grand manitou, ne refusent pas. Le repas fut somptueux, à ceci
près que le plat principal était le fils de Tantale, Pélops, découpé en
morceaux. Eh oui ! La mythologie ne fait pas toujours dans la dentelle!
Evidemment, les dieux s'en aperçoivent immédiatement et passent au dessert,
sauf Démeter qui mange une épaule de Pélops (mais quelle conne!).
Bien qu'étant fils de Zeus, le châtiment de Tantale va être terrible. Le
problème, c'est qu'il est immortel (rappelez-vous, il a partagé le nectar et
l'ambroisie avec son dieu de père, faut suivre!) : impossible de le tuer donc.
Ce qui n'empêche pas pour autant de l'envoyer vivant dans le Tartare retrouver
les ennemis des dieux. Là bas, Hadès (seigneur des enfers) trouvera un supplice
raffiné tout à fait adapté au meurtrier. Tantale est enchaîné au milieu d'un
ruisseau, avec au-dessus de lui un arbre aux lourdes branches chargées de
fruits. Etant vivant, Tantale connaît toujours la faim et la soif. Dès qu'il
essaie de boire dans le cours d'eau, celui-ci disparaît sous terre. Quant aux
fruits, il suffit qu'il tende les mains vers les branches pour que le vent des
enfers les mette hors d'atteinte. C'est ce qu'on appelle du sadisme !
Et voilà vous avez appris, sans beaucoup d'effort, l'origine du supplice de
Tantale! Vous allez pouvoir étaler sous peu ce savoir neuf dans l'une de vos
prochaines collations soupantes...
Le tonneau des Danaïdes
Les Danaïdes sont les filles du roi Danaos. Si, si. J'insiste. A ne pas
confondre avec Danao de Danone. Attention je commence l'histoire. Danaos,
Egyptos et Bélos étaient trois d'Egypte. Un jour, Bélos casse sa pipe, ce qui,
une fois les larmes épongées, laisse un épineux problème de succession. Bélos
n'ayant pas conçu d'héritier (un peu faible sur ce coup là), son royaume
revenait-il de droit à Danaos et ses 50 filles (!!!), ou bien à Egyptos et ses
50 garçons (tiens donc, quel hasard!)? Après des discussions passablement
agitées, Egyptos fait une habile proposition à son frère : que Danaos donne ses
filles en mariage à ses 50 fistons, ainsi le problème de succession serait
réglé. Mais Danaos, un brin contrariant, refuse. Et pour cause : un oracle
lui avait annoncé qu'Egyptos avait l'intention de le liquider avant le mariage,
lui et ses filles. Il choisit carrément la fuite (plus de problème d'héritage!)
et part se réfugier avec sa nuée de filles à Argos, en Grèce. Gélanor, le roi
du coin, les accueille avec bonté et pousse même l'enthousiasme jusqu'à céder
son trône à Danaos! En fait, il y a encore une histoire d'oracle là-dessous. Eh
oui, à cette époque aussi les astrologues contrôlaient les puissants! L'essentiel
n'est pas là. Il y a également un interlude grivois sans aucun intérêt pour la
suite de l'histoire : au cours d'une promenade (feignasse), Amymoné (une des
cinquante Danaos girls) se fait poursuivre par un satyre (comprenez une
créature des bois à buste d'homme et à jambes (et entrejambe...) de chèvre).
Celui-ci l'aurait empalée si la belle n'avait appelé à son secours Poséidon
lui-même (on se demande ce qu'il foutait dans le coin mais bon : les mythes
grecs ont aussi leurs faiblesses scénaristiques!). Le dieu sort la créature
priapique en rien de temps, et se paye bien sûr en nature sur Amymoné. Mais
bon, avoir un fils de dieu, c'est quand même mieux que d'accoucher d'un petit
satyre! La suite (et fin parce que j'en ai marre de cette légende
stupide!). En résumé, Danaos et ses filles commençaient à se reposer sur leurs
lauriers, quand Egyptos et ses fils vinrent mettre un peu le bazar à Argos.
Après un long siège, Argos fut obligée de se rendre (quel looser ce Danaos!).
La question des mariages revint sur le tapis. Les Danaïdes furent obligées
d'accepter l'hymen avec leurs cousins le jour même de leur défaite. Mais comme
il s'agissait de jeunes filles très obéissantes, elles exécutèrent à la lettre
les dernières recommandations de leur père : elles égorgèrent leurs maris
durant la nuit de noce. Toutes, sauf une : Hypermnestre (ça vous fait une belle
jambe!). Evidemment, les dieux ne pouvaient laisser impuni un tel crime,
d'autant plus qu'Héra, la femme de Zeus (dite la grande cocue), est la déesse
consacrée au mariage. Les quarante neuf Danaïdes furent donc précipitées
(bruitage : zzzioooomm!) dans le Tartare (encore!) et condamnées à remplir
jusqu'à la fin des temps un gros vase ébréché ! On n'a jamais vu plus bête
comme châtiment! Quel humour cet Hadès...
La
naissance de l'araignée
Oyé, oyé! Laissez-moi maintenant vous comptez l'histoire d'Arachné la fileuse,
qui paya chèrement l'affront fait à la déesse Pallas-Athéna!
Figurez-vous une jeune dinde vivant à Colophon, en Lydie (je ne sais toujours
pas où c'est et je m'en fous encore plus que tout à l'heure! Ca vous
apprendra!). Fille d'un teinturier, elle avait acquis une grande renommée dans
l'art du tissage de la laine. On se déplaçait de loin pour la voir à l’œuvre
devant son métier à tisser (il faut dire qu'à l'époque il y avait relativement
peu de cinoches donc il fallait bien s'occuper).
Bientôt, cette réputation finit par dépasser la communauté des mortels. Les
nymphes des bois et des sources en arrivèrent à quitter leur élément pour aller
admirer l'ouvrage d'Arachné! Elles furent tellement ébahies (oui, elles sont un
peu bébêtes) devant tant de perfection technique et artistique qu'elles la
crurent disciple d'Athéna. En effet, la déesse de la guerre défensive et de
l'intelligence du combat avait également parmi ses nombreuses attributions la
protection des artisans, et notamment des fileuses. D'une certaine manière,
tous les artisans sont les élèves de Pallas-Athéna, vu qu'elle est leur
patronne.
Malheureusement, l'allusion ne fait pas du tout plaisir à Arachné, qui se pique
(c'est le cas de le dire) d'orgueil et prétend qu'elle ne doit rien à la déesse
casquée. Pire, elle fanfaronne et hurle à qui veut l'entendre que c'est elle la
plus forte. Enfin, d'après Ovide (Les métamorphoses), elle aurait plutôt dit:
-"Qu'elle rivalise avec moi[...], il n'est rien à quoi, vaincue, je ne me
soumette"
ce qui est plus poétique, je vous le concède. Enfin, en résumé, Arachné prend
Athéna pour une conne. Etait-ce bien raisonnable?
Tout ceci revient bien entendu aux oreilles de la déesse concernée qui aurait
dit:"P'tain! J'vais m'la faire cette petite catin!" mais je ne suis
pas bien sûr, Ovide ne confirme pas. Elle commence par la jouer soft et se
déguise en vieille peau pour rendre visite à la pétasse (c'est marrant, ça me
fait penser à Blanche Neige ce passage). En gros, la vieille essaie de ramener
Arachné à la raison :
-"Tu peux briguer la réputation d'être, parmi les mortelles, la première
pour le travail de la laine, mais incline-toi devant une déesse".
La mijaurée n'en a cure, et aggrave son cas en sous-entendant que la déesse a
peur de se soumettre à la compétition... Les dés en étaient jetés. La vieille
révèle sa véritable identité : "maintenant ça va chier!"
Les deux concurrentes s'installent alors à leur métier à tisser (ne me demandez
pas d'où sort celui d'Athéna, elle l'avait dans sa poche!) et se mettent à
broder comme des folles furieuses. Athéna se lance dans une représentation des
dieux de l'Olympe, chacun dans une attitude qui convient le mieux à ses
attributions. Si l'ouvrage est magnifique, il en émane cependant une certaine
lourdeur. Arachné choisit également le thème divin, mais sous un aspect plus
polisson : les amours secrètes des dieux (et surtout de Zeus) y sont
représentées. La broderie est paraît-il si réussie qu'elle semble douée de vie.
Evidemment, dans l'assistance, c'est le malaise. Personne ne se voit dire tout
haut préférer l'ouvrage de la mortelle, de peur de se voir rectifier. Mais
Athéna n'est pas sotte et comprend par elle-même sa défaite. Et elle pête un
câble, une fois n'est pas coutume. Elle transforme la fabuleuse tapisserie
d'Arachné en charpie, et défonce légèrement la gueule de la fileuse à coup de fuseau.
Ne supportant pas cette vision, Arachné se pend (bouuuuuh...c'est triste).
Après avoir pris un tube de doliprane, Athéna se rend compte qu'elle y est
allée un peu fort. Elle prend pitié de la pauvresse et décide de lui rendre la
vie, mais sous une autre forme. Elle dit "abracadabra!" et les
cheveux Arachné tombent, ses membres raccourcissent... Elle continuera
d'exercer son art avec passion, mais son travail ne pourra plus jamais être
comparer avec celui de la déesse. Arachné est devenue... une araignée.
