Ma muse sans muselière...



Sous la bidoche, au travers de la matière, il transpire quelquechose, parfois...
C'est un air, c'est une onde, c'est elle...





Poème comme ça

Rappelles-toi l'instant où nous nous sommes presque vus !
Comme cette longue journée froide faillit sonner juste, pour une fois.
Les yeux troubles, la tête cassée, je t'ai souhaité la bienvenue
Dans ma vie, dans mon coeur, dans ma baraque sans toit.

Rappelles-toi cette fois où nous nous sommes presque parlés!
Tu savais tout de moi, et pourtant je ne t'avais rien dit.
Qui es-tu pour posséder ce pouvoir, ce savoir inné?
Tu en abuses, tu me provoques alors que j'essaie de te noyer dans l'oubli.

Rappelles-toi ce moment où nous nous sommes presque compris!
Le ciel était ivre, et les nuages tombaient autour de nous.
Une intelligence nous lia durant un temps infini
Avant les questions, ces pourquoi qui vous font descendre au trente-sixième dessous.

Rappelles-toi l'instant où nous nous sommes presque touchés!
Tu irradiais comme un soleil qui brillait pour tous, sauf pour moi.
Je ne suis plus qu'un puzzle attendant d'être enfin terminé
Et qui rêve encore de remplir sa vie, son coeur, sa baraque...de toi.





La petite saloperie

Il était une fois une petite saloperie
qui vivait, qui vivait, qui prospérait.
oh! Le vilain virus agrippé à la vie!
L'infâme bubon continuait, poursuivait,
Son irrésistible croissance, son inévitable réussite.
Dans le monde, elle avançait toujours sans faux pas,
La petite saloperie, la fourbe, la maudite.
Mais où donc avait-elle appris à tout gagner comme ça
Sans jamais se tromper ni regretter ?
L'homme heureux est une prodigieuse machine!
Ma chère saloperie, rien ne pourra te ronger.
Tu prolifèreras comme une lèpre maligne,
Tu vivras, tu aimeras,
Et je ne t'en veux pas.



Apparences

Le monde se fout de notre gueule, tu sais. La boulangère ne vend pas de pain et le libraire n'a jamais lu un livre de sa vie. La jeune fille sifflotante que nous avons croisée hier en ville s'est pendue ce matin. Les avions finissent toujours par retourner à leur élément premier.
J'aime à croire que le chat des voisins est un esprit bénéfique qui veille sur mon logis, telle une Hestia miniature. Nous inventons nos propres pièges dans lesquels nous tombons avec délices, comme un nouveau né malaxe l'étron qu'il a lui-même engendré. L'homme n'a de pire ennemi que lui-même...
Je suis devant toi comme devant un mirage. Tu me parles, mais j'imagine soudain que si un autre me remplaçait à ce moment précis, tu tiendrais le même discours sans en changer un iota. Les gens sont interchangeables, seule leur présence compte.
Je te souris en pensant à autre chose. Je ne te suis pas sympathique, pourtant tu me tapes dans le dos. Nous sommes nos dupes, nos propres bourreaux. Tout n'est qu'un immense malentendu, un quiproquo millénaire sur lequel tous ferment les yeux.





La bulle

Parfois tu me fais songer à un poisson,
A une carpe prisonnière de son étang mousseux.
Tu aimerais sauter hors de ton cloaque, de ton marais boueux,
Mais tu n'oses pas, tu as peur de je ne sais quel prédateur félon.

Tu es une petite vieille qui regarde par la fenêtre sa vie défiler.
Elle sait qu'à défaut d'un homme, son édredon saura la réchauffer
Et étouffer ses chagrins secrets, ses soupirs résignés.
Eternel spectateur! Tu ne monteras sur les planches que si tu y es obligé.

Je sais, tu essaies quelquefois de casser la vitre qui te sépare de nous...
Mais tu n'as pas encore trouvé le bon outil,
Ou bien te demandes-tu encore si cela en vaut bien le coup ?
L'existence est une ronce ; de ses épines un grand nombre elle meurtrit.

Ne vaut-il pas mieux le pansement que la camisole ?
De leurs blessures de guerre, les militaires ne parlent-ils pas avec plaisir ?
Il faut quitter le nid maintenant, il faut choisir!
Plutôt souffrir que de rester à pourrir, prostré sur le sol.



Faire semblant

Depuis toujours tu fais semblant.
Tu ris quand sous le masque les larmes se fraient un chemin tant bien que mal,
Tu souris mais tu tords tes mains comme un torchon trempé.
Tu pensais qu’être adulte, c’était comme un voile qui se levait,
Une vérité nue qui apparaîtrait et qui t’apprendrait qui tu es
Et ce que tu fais sur ce caillou stupide.
Au lieu de ça tu as dû fuir, te cacher.
Tu avais une de ces envies de chanter
Et chaque fois on te l’a renfoncée dans la gorge.
Le bonheur est une chose facile à imiter,
Chaque jour tu perfectionnes ton rôle et ton jeu.
A quoi bon tout cela, le film n’en vaut pas la peine !
Etre adulte, c’est un peu comme être malade :
Ce qu’on crache dans la bassine, c’est ce qui reste de son enfance.
Bien sûr il y a les bombes, les cris, les famines,
Devant lesquels tous ces états d’âmes palissent et s’effritent.
Pourtant, quelque part, tous ces traîne-misère sont enviables :
Ceux là connaissent la raison de leurs tourments.